Begaiement de l’histoire….

Vous semblez vous tenir informé de l’actualité française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président?

Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue, Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan.

Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là, Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?

Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon.

Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier.

 On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent; Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.

Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?

Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte; Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités.

Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte; une foule de dévouements intrépides assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme. C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince d’industrie.
 

Et la liberté de la presse dans tout çà ?

(pouffant de rire): Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle ?

Victor Hugo

De de son ouvrage « Napoléon le Petit », le pamphlet républicain contre Napoléon III

Publié dans : politique |le 13 février, 2008 |15 Commentaires »

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15 Commentaires Commenter.

  1. le 13 février 2008 à 18:10 dominique écrit:

    alors là, j’vois vraiment pas à qui ça pourrait nous faire penser….

  2. le 13 février 2008 à 20:55 enzo d'aviolo écrit:

    :)
    quand même…rien n’a changé avec les avides de pouvoir, c’est fou non?

  3. le 13 février 2008 à 21:17 dominique écrit:

    oh ..t’es negatif!! aujourd’hui c’est plus soft, ils se flinguent en Angleterre, ou s’empoisonnent..mais..tout va bien…:-))

  4. le 14 février 2008 à 11:12 fmds21 écrit:

    Sauf que chez nous les salariés se suicident au boulot. Que les affaires sont faites sur leur dos. Que la presse est mise au pli avec un marteau pilon dans l’affaire du sms. Les dictateurs acceptent la presse lorsqu’elle les sert. Alain

  5. le 14 février 2008 à 11:15 Birgit écrit:

    Ce qui nous manque, c’est un pamphlétaire de cette envergure.
    Pas beaucoup de candidat au poste dans la presse !

  6. le 14 février 2008 à 16:00 enzo d'aviolo écrit:

    @alain
    les dictateur n’accepte pas la presse, il la contrôle, nuance!

    @birgit
    très juste! pas avec nos philosophes de comptoir que cela risque de changer!
    les bons on ne les entends que trop peu!
    mais bien que je ne l’ai pas encore lu, il parait que le dernier livre de badiou est terrible!

  7. le 14 février 2008 à 23:07 dominique écrit:

    reste a serrer les coudes autour du canard enchaîné qu’est un des rares a résister

  8. le 15 février 2008 à 9:13 Nico2312 écrit:

    je le croyais mort V Hugo :-)

  9. le 15 février 2008 à 18:19 enzo d'aviolo écrit:

    @dominique
    il y en a d’autres, comme le plan B que je te conseille dominique.

    @Nico
    Ce sont les forces de l’esprit ça Nico, comme FM! ;)

  10. le 15 février 2008 à 20:18 dominique écrit:

    il suffisait de le dire..je vais lire…

  11. le 15 février 2008 à 22:27 enzo d'aviolo écrit:

    tu as le lien à gauche sur le blog! ;)

  12. le 18 février 2008 à 13:41 brigitte celerier écrit:

    et pour la cour dans les chatiments il y a des ressemblances troublantes.
    L

  13. le 18 février 2008 à 13:42 brigitte celerier écrit:

    maladroite la vieille – je disais: la revendication d’une « fibre sociale » leur est également commune

  14. le 19 février 2008 à 0:50 Christine RS21 écrit:

    Pas fous les pamphlétaires de 2008 ! Ils se taisent parce qu’avec un président comme on a, ils risqueraient, eux aussi de devoir s’exiler à Guernesey pour 20 ans !!

  15. le 19 février 2008 à 8:12 enzo d'aviolo écrit:

    t’as raison xtine :)

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