Archive pour le 3 janvier, 2008

Une grève…mais pas d’entraves!

Une grève, celle dont rêve tout bon Sarkozyste considérant les grévistes comme des fainéants opposés au principe du travailler plus pour gagner plus, se déroule depuis le 24 décembre dans notre pays, celle des médecins urgentistes aujourd’hui rejoints par les anesthésistes.

Mais curieusement, comme aucun « usager » (*) des hôpitaux n’en ressent le moindre effet (**), non seulement tout le monde s’en fout et ces grévistes subissent une indifférence pesante, mais en outre doivent supporter le mépris du ministère de tutelle s’amusant à colporter de faux chiffres de grévistes pour mieux discréditer le fort mouvement de grogne.

C’est ce que rapporte le très médiatique Patrick Pelloux (qui compare brillament les comptes épargne temps aux emprunts russes), celui qui avait pris conscience le premier du désastre de la canicule de 2003, et que visiblement l’on n’écoute pas plus en 2008 qu’il y a 5 ans.

Au delà des motifs de revendications qui semblent formidablement justifiés quand on sait à quel point l’hôpital public manque de moyen et prends ses fonctionnaires, spécialistes du travailler plus pour gagner moins, pour des zozos en leur proposant le rachat de leurs RTT et des heures supplémentaires comme avenir dans un flou judicieusement entretenu, je voudrais insister à travers cette grève sur l’impérieuse nécessité d’avoir un rapport de force visible, médiatique et économiquement pénalisant pour pouvoir se faire entendre.

La manipulation très libérale qui consiste à faire rêver d’une France qualifiée de mature où les conflits et désaccords seraient tués dans l’œuf par la négociation entre gens de bonne société, plutôt que par un affrontement stigmatisé d’archaïque avec des malotrus grévistes recherchant le conflit pour le conflit est non seulement un énorme mensonge mais surtout un leurre.

Ce qui manque de plus en plus à la France, c’est justement de fortes et nombreuses (***) grèves, pénalisantes, qui permettent enfin de rééquilibrer le rapport capital travail.

Toute l’action libérale consiste au contraire à empêcher la grève par stratégie calculée ou par dénigrement, à la restreindre par exemple par la loi de service minimum applicable depuis le 1er janvier 2008 et finalement à faire passer le gréviste au mieux pour un inconscient inapte au dialogue, au pire pour un fainéant dont le privilège serait celui de pouvoir faire grève.

Si les urgentistes rament pour obtenir leur du, c’est parce qu’il sont inaudibles.

Si les cheminots se sont fait roulé dans la farine par rapport à leurs premières revendications, c’est parce que leurs représentants annonçaient qu’ils étaient prêts à négocier alors même que la grève n’avait pas commencé.

Si les marins ont obtenus ce qu’il voulaient, c’est parce qu’il ont tout bloqué de façon radicale.

Privilégier la négociation à la grève alors que cela fait des mois, voire des années, que le rapport de force de l’actionnariat s’impose en silence au salariat, c’est vouloir tuer toute idée que les rapports de force ne doivent pas exister, ou au mieux de façon mesurée, alors même que le capitalisme est construit sur des rapports de force, le premier étant la force de travail louée au patronat dans un lien de subordination juridique dénommé « contrat de travail« .

Toute la société nous pousse à être performant coûte que coûte, prône la compétitivité comme source de progrès, et l’on viendrait nous expliquer ensuite qu’il n’est pas raisonnable d’exiger par la grève ce que le salariat n’obtient pas naturellement dans un système déséquilibré que seule une forte action et volonté publique parviendrait péniblement à tenter d’équilibrer ?

Nous vivons dans un système qui n’est pas Wonder world, quand bien même on veuille nous raconter un conte de noël par jour. La lutte des classes existe plus que jamais, elle se déroule devant nos yeux lorsque Sarkozy fait des cadeaux aux plus riches pendant qu’il nous explique que la France ne peut plus se permettre d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés autrement qu’en travaillant plus !

Voilà pourquoi ce moyen de lutte radicale qu’est la grève est essentiel. Elle doit se mener frontalement, être gênante pour le bon fonctionnement du pays, pour contraindre le gouvernement libéral à ce qu’une véritable négociation aboutisse au cours de la grève par l’annonce de mesures immédiates.

J’engage toutes les corporations à ne pas l’oublier, quand bien même ceux, de droite comme de gauche, qui se référent au droit de grève, sont les premiers à le bafouer en tentant de discréditer son principe.

Je conseille donc aux urgentistes et autres anesthésistes, malgré les conséquences, de ne plus répondre systématiquement favorablement à toutes les demandes de réquisition…

(*)  terme pour une fois propre à sa destination puisqu’il s’agit bien de médecins travaillant dans un service public au service des usagers, contrairement aux faux usagers dénommés ainsi par les médias au moment de la grève de cheminots, qui n’étaient en réalité que des clients des entreprises de transports privées.

(**)  ceci en raison des réquisitions opérées sur ces corps de métier pour des raisons facilement compréhensibles, et qui font que les déclarés grévistes travaillent comme si de rien n’était.

(***) le second graphique du lien est plus que parlant. Curieusement il coïncide avec le déséquilibre du partage de la richesse en faveur du capital. En clair, moins on se manifeste, moins on bloque, moins on obtient ! 

Publié dans:politique |on 3 janvier, 2008 |9 Commentaires »

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