REPRESSION (suites)

Jeudi 13 décembre 2007.

Alice Verstraeten enseigne à l’université de Lyon II.

Bonjour à tous, Ma fac (Lyon II) s’enfonce tous les jours un peu plus dans le mépris des étudiants et dans une logique policière qui m’inquiète profondément. Les médias ne nous suivent pas, ne relayent rien, s’auto censurent ou se font censurer.
Tout a commencé avec la Loi Pécresse de réforme des Universités, signée dans la précipitation cet été par le président de la fac, Monsieur Journès.

Certains étudiants et enseignants s’opposent à cette loi. Les étudiants ont choisi le blocage de l’Université comme mode d’action. On peut être pour ou contre, je ne suis pas sûre que ce choix ait rendu service aux manifestants et à leur image mais aujourd’hui, à la limite, peu importe. On a, pour l’instant, dépassé ce débat.

Depuis quelques jours, le président de l’Université a fait appel aux “forces de l’ordre” : des vigiles privés, très jeunes, non assermentés, arrogants et dépassés par les événements, patrouillent dans la fac avec au bras un brassard orange marqué “sécurité”. Ils apostrophent tout le monde, tutoient tout le monde, et nous demandent de justifier de notre présence dans l’Université en montrant notre carte “cumul” (une carte magnétique d’étudiant ou d’enseignant qui sert aussi de carte de bibliothèque et de carte… de paiement dans l’enceinte de la fac… ce qui, en soit, ne me plaît déjà pas beaucoup)., Il semble bon de rappeler qu’une Université est, selon la loi, un “établissement public à vocation scientifique et culturelle”…

Les étudiants qui manifestaient scandaient à l’encontre des vigiles, hier matin : “Voyous, racailles.” Car certains d’entre eux s’amusent à retenir les étudiantes pour les draguer, d’autres en sont venus aux mains avec des étudiants de leur âge, une étudiante a été “étranglée” avec son écharpe pour qu’elle dégage un passage, à l’entrée principale du campus de Bron, et rue Chevreul sur le campus des quais du Rhône.

Dès 7h30 le matin, tous les jours, les CRS arrivent pour déloger les étudiants qui protestent. 9 cars de CRS devant le campus de Bron, 9 cars de CRS devant le campus des quais de Rhône. Ils sont, régulièrement, soutenus par la gendarmerie mobile.

J’étais là, hier matin. Deux de mes étudiantes m’avaient dit avoir été “molestées” par les CRS la veille et voulaient que j’en sois témoin. Eh bien oui, ils les plaquent au sol, les jettent plus loin, les matraquent dans le ventre et sur la tête.

Sur les quais, hier, deux leaders syndicaux étudiants (un de Lyon 2, l’autre de Lyon 3) ont été désignés du doigt par des policiers en civil avant d’être poursuivis dans une rue adjacente par les CRS. Ce qui signifie, nous sommes d’accord, qu’un travail préalable “d’information” a été effectué et que ces arrestations sont ciblées pour détruire les mouvements syndicaux. Les deux hommes sont en garde-à-vue et devraient être déférés à la Justice aujourd’hui même (donc : il existe désormais des comparutions immédiates pour les manifestants, vous serez prévenus).

Dans un communiqué odieux et mensonger, la présidence de la fac dit qu’ils sont “extérieurs à l’Université” et que ces arrestations sont survenues après des troubles. Il n’y a pas eu de troubles autres que la manifestation pacifique, nous sommes plusieurs enseigants à en être témoins. Un étudiant a été blessé et, une fois aux Urgences, a hérité de douze points de suture sur le crâne. Des étudiants ont été mis en joue au flashball. Des policiers en civils sont toujours là, dont un homme sur mon campus : de “type méditerrannéen”, il porte une grosse doudoune noire, un talkie walkie dans une poche, un appareil photo dans l’autre.

Lui et ses camarades filment longuement les manifestants. S’ils ont effectivement été convoqués par le président de l’Université dans le seul but de permettre aux étudiants qui veulent suivre les cours d’entrer dans la fac, pourquoi filment-ils ? Doit-on ajouter la DGSE à la liste des membres du personnel de l’université ?, De notre côté, enseignants ou étudiants, ils nous empêchent un maximum de filmer. Ce qui siginifie que les images disponibles sur youtube et sur dailymotion ne sont pas à la hauteur de la réalité.

Face à cette situation, plusieurs enseignants, dont je suis, ont refusé de faire cours. Je refuse d’entrer dans une fac investie de forces de police, de gendramerie et de vigiles privés non asermentés. Je refuse de montrer des papiers d’identité pour me rendre sur mon lieu de travail. Je refuse de me faire bousculer par des CRS. Je refuse de me faire tutoyer avec mépris par des individus que je ne connais pas. Je refuse d’entendre un vigile insulter un de mes collègues (pourtant muni du sac en cuir typique de l’enseignant, pourtant plus honorable que moi dans l’allure avec ses cheveux blancs) en lui disant “J’vais t’fumer toi, j’vais t’fumer”.

Nous ne sommes pas, que je sache, dans un état policier. Ou alors il faut nous le dire clairement, parce que cela signifie que les règles du jeu ont changé. Je croyais que l’on avait le droit de grève dans notre pays. Je crois que ce qui m’inquiète le plus, c’est de recevoir des communiqués de la Présidence affirmant que la situation est désormais “normale”.

SI CETTE SITUATION EST NORMALE, JE DÉMISSIONNE.

D’autre part, pour permettre l’action des ces policiers, militaires et vigiles, toutes les sorties de sécurité sont bloquées. Certains enseignants et étudiants s’obstinent à faire cours dans une ambiance délétère et dangereuse. Ce qu’ils risquent purement et simplement, en cas d’incendie, c’est de brûler vifs dans des locaux qui sont déjà vétustes.

Je joins à ce message la “Lettre ouverte à la présidence de Lyon 2″ rédigée par des enseignants (datée d’avant hier 5 décembre et déjà dépassée par les événements d’hier), ainsi que le dernier message de la présidence elle-même, pour que vous puissiez juger vous-même de la mauvaise foi, du mépris et des ronds de jambe du langage qui se banalisent dans notre environnement politique et médiatique.

Ce message est, bien sûr, à faire passer si vous en ressentez le besoin., Alice Verstraeten

http://www.pag69.org/article.php3?id_article=712

(merci Nath)

Publié dans : politique |le 14 décembre, 2007 |12 Commentaires »

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12 Commentaires Commenter.

  1. le 14 décembre 2007 à 11:19 GILLES écrit:

    La réponse à la question « sommes nous dans un état policier » est bien évidemment OUI.

    Le plein pouvoir de l’éxécutif sur la justice, la police, la presse est de plus en plus évident.

    Je suis tjs. dans l’attente ( mais je dois être un peu maso) d’une « réactions » des « leaders du PS

  2. le 14 décembre 2007 à 11:20 GILLES écrit:

    veuillez excuser mes fautes d’orthographe mais « c’est les nerfs »

  3. le 14 décembre 2007 à 12:45 Michel GROS écrit:

    Et cela ferait quoi des leaders qui diraient : « A bas l’Etat policier ! »
    Gilles, les leaders c’est nous. Toi et moi.

  4. le 14 décembre 2007 à 14:02 christine RS21 écrit:

    Le choix de Sarkozy, faire de la police une seule police de répression! CQFD

  5. le 14 décembre 2007 à 15:29 enzo d'aviolo écrit:

    @gilles
    y a de quoi être énervé effectivement.

    @michel
    bah on se sentirait moins seul, non? ;)

    @xtine
    mais pas que de la police….tout est répressif en sarkosie!

  6. le 14 décembre 2007 à 21:34 étienne fillol écrit:

    Putain, c’est flippant, c’t'histoire là…

  7. le 14 décembre 2007 à 21:39 enzo d'aviolo écrit:

    @etienne
    bah oui comme tu dis et si y avait que cela actuellement qui était flippant!

    perso, ça fait 15 jours que je n’entends plus parler des greves étudiantes alors que plusieurs facs sont encore bloquées!
    sélectif le médium français hein!

  8. le 15 décembre 2007 à 19:05 un chouka écrit:

    Je suis moi aussi assez inquiet en découvrant ces pratiques violentes .
    J’entrevois ce qui se passerait si les travailleurs allaient dans la rue pour dire leurs mots au sujet de la marches de ce pays :->
    Je ne serais donc pas étoné qu’elle se généralisent rapidement .
    Ce ne sera pas une situation qui gènera les friqués ,qui savent tres bien se qui risque de se passer si les tensions s’emplifient ,et c’est peut etre a prévoir dans pas longtemps,avec ce traité qui veut enterriner un vieux projet de société par la force .(enfin ,ce n’est que mon avis de vieux qui regarde les choses évoluer )
    Peut etre que les univrsités ne présentent plus d’intéret pour les exploieurs ,mais une charge intolérable pour les bénèfs ?
    Je constates tout de meme que le « milices » deviènent monaie courante,et ces gens n’ont a rendre compte a pèrsonne, il me semble ?:-(
    En arriverons nous a voir des » milices » armées?…………………………….
    Salut a vous .

  9. le 15 décembre 2007 à 19:22 enzo d'aviolo écrit:

    @un chouka
    même interrogations, même constats!
    dénoncer ne suffira surement pas si un consensus de luttes radicales ne se met pas en place. après, il sera trop tard.

  10. le 15 décembre 2007 à 21:35 un chouka écrit:

    Salut ,@ Enzo D’Aviolo.
    je suis tout a fait d’accord, mais « les citoyens »(endormis pas la télé,et les feuilles de choux ) voyent’ils seulement quelque chose?
    Mes parents qui pourtant ne connaisaient rein en politque, comme moi d’ayeur :-) me disaient qu’avant le nazisme,et la guerre , ils sentaient que quelque chose allait arriver,mais les egns en général faisaient comme si rien n’etait (croyaient’ils au père noel ?).
    Mais a cette époque les moyens de communications n’etaient pas aussi dévelopés .
    Is n’avaient que les « daubés » a lire ,et la radio a la solde :-D .
    Je me demandes si le « pouvoir ne s’atend pas a un problème grave depuis quelques années ?
    Je dirais qu’une « faillite planifiée » de l’état suffirait a mettre le feu aux poudres bien comme il faut ,et justifier la violence des » nantis » qui envéraient « dans la rue « tous leurs » sbirs » qu’ils tiènent aparement prets a frapper ?
    Je suis peut etre trop parano ?
    bonsoir a vous .

  11. le 16 décembre 2007 à 14:17 enzo d'aviolo écrit:

    @un chouka
    non c’est eventuellement une issue possible à envisager!
    bien pour cela que je parlais de « trop tard » si démocratiquement les luttes radicales ne parviennent pas à s’unir.

  12. le 16 décembre 2007 à 19:25 un chouka écrit:

    Enzo D’Aviolo,l’union de mon point de vue, ne se fera pas sur d’autres tèmes que la survie des gens ?
    S’ils sont pris a la gorge, pour payer, ce sera peut etre la bagarre?
    Aux élèctions présidentielles, l’union ne s’est pas faite du tout ,il me semble(sauf aux « UMPS »:-)?
    C’est a croire que les gens se disent que c’est chacun pour soi ,pourvu qu’ils s’en sortent meme la tete basse,et préfèrent la répression des protèstataires dont ils se foutent majoritairement ,puisqu’is ont une « situation « (provisoire cèrte ,mais des dettes?)
    L’endètement est un moyen de se faire des èsclaves tres dociles ,mais, il ne faut pas que cela aye trop loin?
    L’insolvabilité d’une majorité suffira a faire sauter la crainte du désordre social ?
    Comme dit l’autre, pèrdu pour pèrdu,autant jouer les grand jeu ?……………………………………..
    Bonsoir a vous .

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