Rémunérer le temps libre….c’est détruire !

Alors la voilà la belle promesse de campagne qui se traduit dans les faits, celle qui allie le « travailler plus pour gagner plus » sans toucher au portefeuille de l’employeur, donc sans aucune redistribution de la richesse produite en faveur des salariés.

Sarko a trouvé le tour de passe-passe intellectuel qui fait prendre des vessies pour des lanternes au salariat français, le paiement envisagé des jours de congés liés la Réduction du Temps de Travail.

Je rappelle simplement, entre parenthèse, que les RTT ont été crée, au delà de la progression sociale inscrite dans la loi, pour créer de l’emploi, ce dont 400 000 embauchés se souviennent. L’incitation à travailler plus, comme celle à faire des heures supplémentaires ne s’adresse donc pas à ceux qui cherchent un emploi, ils devront attendre encore un peu….

Un attrape nigaud profondément inéquitable

La notion d’équité tant mise en exergue lorsqu’il s’agissait de détruire les régimes spéciaux des cheminots (qui a touché à celui des parlementaires au fait ?), s’est de fait envolée au moment de proclamer que l’augmentation du pouvoir d’achat passerait uniquement par le renoncement à ses droits à congés.

Car qui sera concerné ?

- pas les fonctionnaires, exclu du champs de la loi envisagée.

- pas la grande majorité des salariés qui travaillent aux 35 heures par semaines et qui ne disposent donc pas de RTT.

- pas les salariés dans les entreprises de moins de 50 salariés pour lesquels la notion de RTT est étrangère et que l’on fait frétiller par une éventuelle carotte de 1000 euros défiscalisée, simplement restreinte au bon vouloir de l’employeur, en guise de prime.

- Pas les bénéficiaires des minima sociaux que sont les Rmistes ou chômeurs qui avant de vouloir gagner plus cherchent avant tout à travailler.

- Pas les salariés à temps partiels subis et même choisis pour lesquels les RTT ne sont qu’un mirage jamais rattrapé.

Bref, seul un nombre restreint de salarié pourra bénéficier de cette mesure totalement inéquitable, certainement les cadres disposant d’un pécule de jours qu’il n’ont pas eu le temps de prendre et qui viendra grossir une épargne oisive dont se gave les organismes financiers, car comme chacun sait, il faut du temps libre de plus pour dépenser plus.

Un leurre

Pour les quelques bénéficiaires, cette mesure inéquitable se double d’un leurre tant la traduction en salaire de RTT ne sera jamais imposée à l’employeur.

En effet, qui peux penser un seul instant qu’un employeur, dont le carnet de commande est réduit, prendra le risque de payer des jours de congés à ses employés si sa visibilité financière de court terme est faible.

Forcément, il préférera laisser les salariés prendre leurs congés plutôt que de les voir venir travailler en période creuse, de la même façon qu’il les incitera à effectuer des heures supplémentaires lorsque le carnet de commande est plein et serré. Dans les deux cas, ce n’est pas le salarié qui choisira, et seuls les intérêts de l’employeur pourront aboutir à une forte incitation au paiement des RTT.

Une fois de plus, la marge de manœuvre salariale, en particulier des salariés qui n’ont pas de postes d’encadrement et donc peu de pouvoir décisionnel quant à la façon dont ils disposent de leurs jours de congés, sera très réduite et forcément plus subie que choisie.

Une régression sociale

Avons-nous dans notre société abandonné toute espoir de voir la notion de progrès conjuguée à celle de d’amélioration du bien être humain ou cette notion ne peut-elle plus être associé qu’à la notion de rentabilité, de compétition ou de croissance ?

C’est tout l’enjeu régressif de cette mesure qui incite à appréhender la notion de progrès, sous entendu la hausse de la consommation donc la croissance de la production, par opposition à celle de mieux-être induite par les RTT (comme les baisses passées du temps de travail ou les hausses du nombre de jours de congés payés) qui a permis un développement des loisirs, du partage familial et donc une vision du travail qui mélange une vie de labeur avec le repos compensatoire consécutif au don de sa force de travail.

Taux de croissance annuel moyen du P.I.B. par habitant (en %)

Source : d’après les données d’A. Maddison, L’économie mondiale : une perspective millénaire, OCDE 2001.

                              1913-1950   1950-1973   1973-1998

Europe occidentale      0.8               4.1             1.8

Monde                        0.9               2.9             1.

Cela fait un siècle que le temps de travail diminue, parfois au prix de luttes sociales acharnées, et voilà que par un coup de baguette magique et malicieuse, cette conquête sociale du droit à disposer de temps libre viendrait s’opposer à la possibilité de mieux gagner sa vie pour un nombre restreint de salariés.

Est-ce la réduction du temps de travail au cours du siècle dernier qui a empêché le PIB par habitant de croître mondialement ? bien sûr que non, le principal problème volontairement occulté par ce leurre du « travailler plus pour gagner plus » est la façon dont les richesses sont redistribuées et non la façon de les faire croître qui est une vision strictement mercantile historique du capitalisme.

RTT ou pas, ce n’est pas la mascarade des annonces du gouvernement actuel qui viendra apporter une solution équitable à la hausse du pouvoir d’achat des salariés français.

Le pire, c’est que ce leurre salarial se double désormais dans les esprits d’une remise en cause culpabilisatrice du libre droit de disposer de ses congés. C’est beau le progrès, non ?

Publié dans : politique |le 3 décembre, 2007 |15 Commentaires »

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15 Commentaires Commenter.

  1. le 3 décembre 2007 à 12:26 Michel GROS écrit:

    Travailler, c’est chiant !
    Consommer, c’est chiant !
    Le capitalisme, c’est conchiant !

  2. le 3 décembre 2007 à 13:32 Nico2312 écrit:

    @Enzo
    t’as écouté Chérèque sur Inter ce matin (oui je sais ça fait condition difficiles
    pour toi :-) ) ??? :-) :-) :-)
    parce que tu écris exactement ce qu’il a expliqué…

    il va sans dire que je suis totalement d’accord avec vous 2 !!!

  3. le 3 décembre 2007 à 14:02 enzo d'aviolo écrit:

    @Michel
    :)

    @Nico
    non je ne l’ai pas entendu, mais alors si je dis les mêmes trucs que Chérèque, là ça commence à m’inquiéter ;)

  4. le 3 décembre 2007 à 14:08 Nico2312 écrit:

    @ Enzo
    sur ce sujet, c’est plutôt rassurant que vous soyez d’accord…

  5. le 3 décembre 2007 à 15:46 enzo d'aviolo écrit:

    @Nico
    oui surtout rassurant qu’un syndicaliste partage ce point de vue effectivement.

  6. le 3 décembre 2007 à 16:55 Nico2312 écrit:

    @ Enzo
    surtout venant du syndicat qui a porté pendant des décennies la RTT

  7. le 3 décembre 2007 à 17:28 enzo d'aviolo écrit:

    Euhhhh je crois que pour une fois, il y avait unanimité syndicale sur les 35 heures, sauf les syndicats patronaux bien sûr!
    Comme quoi même à la Cfdt (mais c’était il y a 10 ans déjà), il y avait des combats utiles! cela a bien changé!

  8. le 3 décembre 2007 à 17:42 Nico2312 écrit:

    @ Enzo
    oh que non !!!
    FO était opposé à mort aux 35 heures par exemple et la CGT pas trop chaude…
    et puis historiquement, les 35 heures c’est la CFDT qui a créé le concept à la fin des années 70 (avec par exemple le fameux slogan : « ne pas perdre sa vie à la gagner »)

  9. le 3 décembre 2007 à 17:58 enzo d'aviolo écrit:

    sur le principe tu m’étonnes que la CGT ou FO furent « opposés » aux 35 heures! peut-être à la façon de les proposer ou mettre en place, mais sur le principe, là tu m’étonnes! ceci dit, j’écoutais peu les syndicats il y a 10 ans ;) , maintenant, je les critique… :)

  10. le 3 décembre 2007 à 18:24 Nico2312 écrit:

    @ Enzo
    FO se voulant le « syndicat de la feuille de paie », il ne pouvait être celui du temps libre… quant à la CGT, toute idée venant de la CFDT était un peu suspecte a priori… sans compter qu’au niveau politique l’idée n’avait été reprise que par le Verts et le PS et non par le PCF…

    sur la loi Aubry 2 tous les syndicats étaient à juste titre contre la méthode…

  11. le 4 décembre 2007 à 14:16 christine RS21 écrit:

    Cette mesure de rachat des RTT, ça va forcément augmenter considérablement le pouvoir d’achat des retraités, des chomeurs, des intérimaires, des étudiants …………!!!

  12. le 4 décembre 2007 à 14:35 Nico2312 écrit:

    @ Christine
    et créer des emplois à n’en pas douter :-( ((

  13. le 4 décembre 2007 à 15:55 enzo d'aviolo écrit:

    et de tous ceux qui bossent aux 35 heures et n’ont donc pas de RTT!

  14. le 4 décembre 2007 à 17:40 étienne fillol écrit:

    Limpide. Implacable.
    Juste un oubli dans la liste des oubliés par les mesures à deux balles de Sarkozy : les retraités. Ca commence à faire vraiment du monde qui n’aura pas droit à ses promesses de pouvoir d’achat :-(

  15. le 4 décembre 2007 à 18:33 enzo d'aviolo écrit:

    @Etienne
    ah oui, bien vu. Ah bah oui je pense que très peu seront concernés en effet! quelle mascarade!

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