Quand négociations riment avec manipulations

J’ai maintes fois pu dénoncer ici la méthode Sarko en ce qu’elle partait toujours du principe que pour mieux régner il fallait toujours savoir diviser en stigmatisant des franges identifiées de la population, ce qui avait pour objectif de réveiller les vils ou naïfs instincts de la nature humaine en lui donnant le sentiment d’une revanche sur sa propre condition sociale pourtant bien mise à mal par ceux là même qui détournent son attention de la réalité des difficultés du quotidien pour mieux la manipuler contre un ennemi crée de toute pièce.

C’est ce que nous avons observé avec la chasse aux sans-papiers et à l’immigration supposés coupables des difficultés sociales des concitoyens, celle aux assistés sociaux accusés des différents déficits sociaux volontairement entretenus ou encore de ces fonctionnaires volontairement désignés comme improductifs et en surnombre pour expliquer les difficultés parfois constatées dans le fonctionnement des fonctions publiques qui expliqueraient en outre les forts prélèvements fiscaux supposés dans notre pays.

La méthode est identifiée, elle est clairement réactionnaire de droite, a pour objectif de casser toute solidarité et lien social au bénéfice des plus aisés en opposant les plus faibles entre eux. Ne nous y trompons pas, la droite propose clairement une lutte des classes en anesthésiant la plus faible, celle des salariés. On pourrait qualifier cela d’une expression chère à Les marques  , celle de la recherche d’une soumission sociale définitive.

A l’heure où les revendications salariales sont de plus en plus prégnantes, où la rue semble vouloir radicaliser l’action de dénonciation des casses sociales, deux modalités de la méthode Sarko commencent à se mettre en place de façon systémique.

• La première, préalable à toute négociation avec la droite qui vise en terme de communication à se présenter comme chantre du dialogue et de l’ouverture, consiste à lâcher du lest sur tout projet qui fait descendre dans la rue l’électorat naturel ou le corporatisme habituel de la droite.

Ce fut le cas dans des temps record pour les taxis ou pour les internes en médecine. On nous présente cela comme des négociations alors qu’il s’agit simplement de toujours satisfaire les mêmes en expliquant aux autres qu’ils doivent faire des efforts, tant le pays serait en faillite. (*)

• La seconde modalité de la méthode Sarko est plus pernicieuse et vicieuse et a pour objectif la division des forces contestataires en manipulant une partie de celles-ci.

· Par exemple, lors des négociations parallèle à la grève du 18 octobre, qu’est-ce qui a empêché l’unité syndicale pour une grève reconductible à la SNCF malgré une formidable mobilisation? Tout simplement le lest lâché envers les représentants syndicaux des conducteurs de trains qui ont obtenu des garanties pendant que tous les autres ont pu s’asseoir sur leurs revendications ou au mieux ont obtenu des miettes.

· Que propose le gouvernement quand il s’agit de faire face à la grogne du barreau en raison du projet de nouvelle carte judiciaire si destructrice de service public de proximité ? il concède lors de négociations aux seuls avocats un certain nombre d’acquis sociaux dont la retraite à 55 ans (**) pour tuer dans l’œuf toute unité de défense d’intérêt commun.

Cette méthode communicative, ce plan d’action dénué de toute recherche de compromis égalitaire, vise simplement à diviser pour mieux régner et poursuivre le démembrement des acquis sociaux pour ce que la droite n’envisage que sous angle d’un coût social et non de ce qui permet pourtant de créer du lien social, de la solidarité permanente, de la rétribution salariale juste et égalitaire, donc du bien être sociétal.

Face à cette acharnement frontal, seule une réponse à la hauteur de la violence des coups assénés peut permettre un recul inéluctable de Sarko. Seule la rue, en masse, avec des corporatismes solidaires entre eux, peut permettre de ne rien lâcher sur ce que des décennies ont mis à construire.

Il me semble qu’à attaque modérée, il s’agit de privilégier la recherche de solutions via la négociation, mais lorsque les attaques sont généralisées, que les projets de destructions des acquis sociaux se développent de façon aussi virulentes en recherchant la division plutôt que la concertation, le blocage via la grève reconductible reste LA SEULE solution, n’en déplaise aux modérés en tout genre.

(*) On peut faire le même parallèle en matière de pouvoir d’achat où l’on explique que les caisses de l’Etat sont vides pour justifier l’incapacité à augmenter les minima sociaux et les salaires en général, pendant que l’on lâche 10 milliards aux plus aisés pour mettre en place le bouclier fiscal à 50% en remboursant les plus riches qui auraient trop payés d’impôts.

(**) un comble en cette période de suppression des régimes spéciaux, ce que bien peu de médias ont relevé, habituellement pourtant si promptes à nous expliquer que la recherche d’équité est inéluctable pour maintenir notre système de répartition des retraites, alors même que ces régimes spéciaux ne pèsent que 2% des retraites et que cela diminuera encore plus dans les années à venir.

Publié dans : politique |le 27 octobre, 2007 |7 Commentaires »

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7 Commentaires Commenter.

  1. le 28 octobre 2007 à 15:40 E.M. écrit:

    Excellent ton article ! Bien écrit et surtout très lucide ! J’ai voulu en faire un aussi sur ce sujet (solidarité ou individualisme), mais il est pas aussi « net » que le tien !
    Félicitations !

  2. le 28 octobre 2007 à 15:47 enzo d'aviolo écrit:

    Merci Eric. Si si je l’ai lu ton article, et tu te minimises. ;)

  3. le 29 octobre 2007 à 8:54 Nico2312 écrit:

    @ Enzo
    tu vas sans doute être étonné, mais je suis largement en accord avec ton post :-) )) sauf bien sur le semi appel final à la grève insurrectionnelle :-) ))
    je trouve même qu’en dénonçant la manipulation sarkozienne autour du terme « négo », cela renforce ce que je dis sur la nécessité de VRAIE négo en plus de la loi (dont je me répète par rapport au blog a4M, elles ne peuvent constitutionnellement qu’être plus bénéfiques aux salariés)…

    PS : comment tu fais de vrais beaux smileys ??? :-) ))

  4. le 29 octobre 2007 à 10:02 enzo d'aviolo écrit:

    Nico,
    bah moi je veux bien une vraie négociation mais sous l’ere sarkozyienne elle sera vraiment tronquée quel que soit le poids des syndicats qu’il est toujours facile de manipuler.
    Je ne suis pas contre la négo mais c’est la loi qui doit rester la base et non les négo inter branche ou entreprises!

    euh bah j’ai les pubs (discretes quand même), mais par contre un blog me met automatiquement les smileys si tu tapes les bons codes (ceux que tu as tapé dans ton commentaire précédents)

  5. le 29 octobre 2007 à 10:40 Nico2312 écrit:

    @ Enzo
    sous l’ère Sarkozy une négo me semble moins dangereuse qu’une loi puisque les négo ne peuvent juridiquement pas être moins favorables que la loi pour les salariés (on est bien entendu d’accord sur la primauté de la loi, mais ça me semble être une bonne chose que les négos puissent ponctuellement l’améliorer…)

    essai de smileys : :-)

  6. le 29 octobre 2007 à 11:31 E.M. écrit:

    Et la négociation n’est possible avec le pouvoir que si les syndicats sont en position de « force » ! Ce sera toujours une histoire de rapport de forces ! ;-)

  7. le 29 octobre 2007 à 13:25 enzo d'aviolo écrit:

    C’est bon les gars, vous maitrisez le smileys désormais.

    Nico, la loi se discutent aux congrès, font l’objet de débats et permettent donc au citoyen d’en prendre conaissance.
    A contrario, la négo divise les débats et morcelle les capacité d’uniformité que seul le nombre permet de rendre plus favorables aux avancées sociales.

    alors bien sûr en période Sarko, on pourrait être tenté croire que la négo est un moindre mal lorsque l’on soutient les salariés. je ne le crois pas car cela crée des habitudes qui concourrent à ce que recherchent les libéraux, à savoir diviser pour mieux règner, ne rien uniformiser pour rendre inégalitaire le pouvoir des salariés, ce dont je parle dans ce post.

    Eric,
    même avec des syndicats forts, il n’y a pas de garanties si à la base la loi ne fixe pas un cadre fort qui limite la négo à des aspects accessoires qui eux peuvent effectivement trouver une application dans la spécificité de chaque branche voire d’entreprise.

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